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Zoo sauvage de St-Félicien

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Aménagements d’habitats

Notre philosophie

Confiner un animal sauvage dans une cage c’est un peu comme demander à un marathonien de courir dans une pièce de 25 mètres carrés. Les animaux sont, pour la plupart, des athlètes entraînés à l’action. Leurs sens sont aiguisés, leur énergie prodigieuse. Ils ont évolué, sur des millions d’années, en fonction du milieu de vie où ils habitent. Ils ont su s’adapter de façon efficace à leur environnement.

C’était, et c’est encore pour eux, une question de survie. Il nous paraîtrait donc inconcevable, au Zoo sauvage, de ne pas faire tout ce qui est en notre pouvoir afin de procurer aux espèces que nous présentons, un milieu de vie comparable à celui qui les a vus évoluer de génération en génération.

Cette philosophie nous a inspirés et nous inspire encore lorsque nous pensons à nos développements futurs ou que nous travaillons à la conception d’un nouvel habitat. Rien n’est laissé au hasard et chaque détail est réfléchi. Non seulement les animaux s’en trouvent plus heureux, mais il est également plus intéressant pour les visiteurs d’observer les bêtes dans un environnement naturel. C’est ce constat qui nous a fait développer, au fil des ans, nos aménagements avec un grand souci d’authenticité.

Cette façon de faire amène cependant son lot de contraintes et de préoccupations. Une bonne connaissance de la physiologie et du comportement des animaux est, par conséquent, essentielle à la conception d’un habitat. De nombreux critères doivent être considérés si l’on veut que notre aménagement soit adéquat. L’habitat doit non seulement répondre aux besoins des espèces pour lesquelles il a été conçu, mais également tenir compte d’autres facteurs importants tels que la sécurité des animaux et du public, et la préservation de l’habitat à long terme. La liste suivante résume l’essentiel des critères à considérer lorsqu’on travaille à la conception d’un aménagement destiné à recevoir des animaux.

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Habitat des macaques japonais

Les animaux du Zoo sauvage vivent en milieu ouvert, très souvent en cohabitation avec d’autres espèces et dans des habitats qui ressemblent le plus possible à leur milieu naturel. Cette façon de faire pose de grands défis, mais récompense par l’authenticité qui s’en dégage. L’aménagement d’un habitat pour une espèce animale requiert plusieurs types de connaissances afin de répondre aux questions suivantes :

  • Quel est le comportement de l’espèce? Ex. : grimpe facilement, nage, creuse, vole.
  • Quelles sont les caractéristiques physiques des lieux? Ex. : terrain avec dénivellation, présence ou absence d’arbres, cours d’eau, type de sol.
  • Quels moyens de garde en captivité peuvent être utilisés? Ex. : fils électriques, végétation, filet.

En plus de répondre à ces questions, il faut que le projet général corresponde à la philosophie du Zoo quant à l’authenticité et l’aspect « sauvage » de l’habitat. Pour le projet des macaques japonais, le défi était de taille compte tenu des habiletés de grimpeur de ces primates. La facilité aurait pu dicter un habitat complètement fermé par du grillage, mais c’était une option non envisageable selon la vision du Zoo sauvage.

L’emplacement du futur habitat a été choisi parce qu’il comportait un point d’eau naturel, une colline et une forêt, ce qui correspondait parfaitement à l’habitat naturel des macaques japonais. Afin de conserver le plus possible l’intégrité du paysage tout en le laissant ouvert, des fils électriques ont été installés sur chaque arbre de l’habitat pour empêcher les primates d’y grimper pour sortir. Cependant, des arbres morts ont été mis à leur disposition pour leur permettre de grimper. De plus, une passerelle ceinture l’habitat et offre une vue inégalée sur l’environnement. À cela s’ajoutent des jeux pour enfants, afin d’intégrer l’humain à l’habitat et permettre une comparaison entre les habiletés des primates humanoïdes et celles des macaques.

Ce type d’habitat favorise un contact direct entre le visiteur et l’animal. Aucun grillage, aucune vitre, aucun barreau ne viennent rompre la magie. Le visiteur peut donc mieux apprécier l’espèce dans un contexte qui lui inspire le respect, et non la pitié.

La superficie de l’aménagement

On doit tenir compte du mode de vie et du comportement de l’espèce pour laquelle on construit l’habitat. Par exemple, les espèces prédatrices ont souvent besoin, en nature, de parcourir de grandes distances pour trouver leurs proies. Il faudra respecter leur besoin d’évoluer dans de grands espaces. Par contre, les herbivores ont généralement facilement accès aux plantes dont ils se nourrissent. Ils parcourent donc un territoire moins étendu que leurs prédateurs.

 

Les besoins physiologiques des animaux

Il est essentiel, dans un projet de reconstitution d’habitat, de satisfaire les besoins primaires des animaux qui vont y évoluer. Arbres (pour favoriser la mue ou le frottage des bois des cervidés), cours d’eau, mangeoires limitant l’accès à des espèces précises, pierres chauffantes, pierres pour user les sabots, sable, sections ombragées et tanières, sont autant d’éléments qui vont parfois sembler anodins, mais qui peuvent être très importants, sinon primordiaux pour la santé et même la survie des animaux.

 

L’enrichissement

Un habitat devra contenir le plus possible d’éléments naturels, contribuant à distraire l’animal et à mettre de la variété dans son quotidien. Sa santé mentale en dépendra. Chez les animaux en captivité ne possédant aucun élément stimulant dans leur environnement, on voit parfois se développer des comportements inopportuns tels que l’agressivité, la stéréotypie, l’isolement et d’autres problèmes de comportements.

 

La contention

La contention est l’ensemble des éléments qui nous permettent de confiner un animal à l’intérieur de son habitat. Tout en étant toujours les plus discrets possible, les éléments de contention devront être choisis en fonction des performances athlétiques des animaux qui seront introduits dans le nouvel habitat. Plusieurs facteurs devront donc être évalués avant de déterminer le type de contention à utiliser : la hauteur à laquelle l’animal peut sauter (mur, clôture, etc.), la longueur de terrain qu’il peut traverser en sautant (pour déterminer, par exemple, la largeur que devra avoir une fosse) ou encore, son habileté à grimper. On profitera parfois de la sensibilité des pattes ou du manque d’agilité de certaines espèces pour aménager simplement un secteur accidenté et rocailleux en bordure du territoire dans lequel on voudra les confiner. On utilisera parfois aussi la crainte que certains ont de l’eau ou des broches électriques. On aura tout intérêt, également, à tenir compte de l’habileté des animaux fouisseurs, ainsi que des opportunités de fuite qui pourraient se présenter dans certains types d’habitats après une bonne bordée de neige en hiver par exemple.

 

La visibilité

En reproduisant le plus fidèlement possible le milieu naturel des animaux, nous donnons évidemment à ceux-ci la possibilité d’échapper plus facilement au regard des visiteurs. Le défi consiste donc à créer un aménagement permettant de les observer presque en tout temps, tout en leur donnant l’impression qu’ils peuvent s’isoler. On devra, pour ce faire, travailler avec tous les moyens dont on dispose. L’angle dans lequel on placera les rochers ou les buttes de terre ainsi que la sélection des végétaux pour la replantation, doivent être bien réfléchis. Parfois, l’utilisation de certains éléments de contention, qui seront invisibles pour le public, permettra de garder l’animal bien visible. Par exemple, un grillage installé sous le fond de terrain empêchera l’animal de se creuser une cachette. Aucun élément ne devra être placé au hasard et il faudra constamment garder le souci d’authenticité.

 

Les végétaux

La végétation que l’on choisira pour la reconstitution d’un habitat naturel sera très importante puisque c’est principalement ce facteur qui déterminera le degré d’authenticité d’un aménagement. Il faudra également tenir compte du stress, parfois important, causé à la végétation par les animaux qui évolueront sur ce territoire, par le broutage, le piétinement, le frottage des bois, le marquage de territoire, etc. Il sera donc primordial de choisir les espèces végétales qui conviendront le mieux pour chacun des habitats.

 

La protection des végétaux

Afin d’augmenter l’authenticité d’un habitat, on voudra souvent varier la flore, et ce, malgré les risques d’altération que pourraient subir certains végétaux plus vulnérables. Pour éviter que les facteurs nommés précédemment les affectent, on utilisera alors toutes sortes de moyens pour protéger les arbres à risque, comme du grillage, du lexan (un plastique transparent) ou un fil électrique. Il faudra veiller à ce que ces dispositifs soient les moins visibles possible et qu’ils n’affectent pas la santé des végétaux et des animaux.

 

Mise en évidence de certains végétaux

L’interprétation des végétaux, fait partie des préoccupations du Zoo sauvage au même titre que l’observation des animaux. Donc, certains végétaux seront disposés bien en évidence afin qu’il soit facile de les montrer et d’en parler au public.

 

Déjouer les grimpeurs

Il peut s’avérer nécessaire de rendre certains arbres ou certains poteaux inaccessibles pour les grimpeurs, que ce soit pour éviter d’éventuelles évasions ou tout simplement pour une question de visibilité des animaux. Il existe des techniques efficaces et très discrètes qui permettent de choisir exactement dans quels arbres on permettra aux animaux de grimper et lesquels leur seront interdits.

 

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Enclos de nuit

Quand on désire garder des animaux qui peuvent présenter un danger pour les humains, il faut prévoir des quartiers de nuit sécuritaires. Les animaux y seront nourris le soir, ce qui facilitera leur transfert quotidien. Ces aménagements permettront une meilleure observation et un meilleur suivi de chaque individu et donneront également un accès plus facile à l’habitat principal pour le nettoyage quotidien ou la réparation de bris. Ces aménagements permettront aussi de pénétrer aussi souvent que nécessaire dans l’habitat afin d’y amener des éléments nouveaux qui contribueront à l’enrichissement psychologique des animaux.

 

Couloirs de capture, cages de contention et enclos d’isolement

Annexés à l’habitat principal, ces équipements seront parfois essentiels afin de permettre la manipulation des plus gros animaux lors de captures, de traitements médicaux, de sélection pour la vente ou la gestion de cheptel.

 

Système anti-glace

Il est important de prévoir un système qui va empêcher la formation de glace sur une portion de lac ou de bassin dans un habitat où les animaux ont besoin de circuler autant dans l’eau que sur la terre. Ce système sera utilisé pour des espèces telles que les ours blancs, les loutres, les phoques et autres.

 

Accès avec des véhicules

On devra parfois prévoir une porte d’entrée assez grande et aménager le terrain de façon à avoir accès à l’habitat avec un véhicule spécialisé, afin de faciliter l’entretien lors de nettoyages importants ou quand l’aménagement de l’habitat nécessite l’apport de gros éléments.

 

Sécurité pour les visiteurs et les animaux

Que ce soit pour protéger les visiteurs des animaux dangereux ou pour protéger les animaux vulnérables des visiteurs, il est absolument nécessaire que le type d’aménagement choisi permette d’éviter les contacts directs entre bêtes et humains. On devra aussi trouver des moyens dissuasifs afin de décourager ceux qui voudraient lancer des objets ou de la nourriture dans les habitats.

 

Espace de retrait

La cohabitation de différentes espèces animales est un moyen que nous privilégions depuis de nombreuses années dans le but de rendre encore plus authentiques nos reconstitutions des divers habitats de la Boréalie. Cette façon de faire nous permet d’observer des scènes extraordinaires, mais occasionne aussi certains inconvénients. Elle nous oblige, entre autres, à aménager des espaces de retrait pour les espèces plus petites ou celles qui ne sont pas dominantes. Sans ces espaces, certains animaux seraient trop souvent harcelés par les espèces dominantes et pourraient même avoir de la difficulté à se nourrir convenablement.

 

Traitement de l’eau

Lorsqu’on travaille à la conception d’un habitat pour des animaux qui passent une bonne partie de leur vie en milieu aquatique comme l’ours blanc, la loutre ou le phoque, il faut penser au système de traitement d’eau du bassin dans lequel ils évolueront. Une connaissance appropriée du comportement et de la physiologie de chacune des espèces concernées est alors importante afin d’adapter le système d’épuration aux besoins de la situation.

Par exemple, on devra considérer le fait que les phoques défèquent presque exclusivement dans l’eau et que les ours blancs, en période de mue, perdent une quantité importante de poils dans leur bassin. Également, avant d’envisager de garder certaines espèces de poissons et de mammifères marins, on devra tenir compte de la nécessité d’installer un système sophistiqué et très coûteux afin de fabriquer de l’eau salée pour leur bassin.

 

Choix des matériaux

Au Zoo sauvage, la majorité des matériaux que nous choisissons pour la conception des habitats sont des matériaux naturels, c’est-à-dire, les mêmes matériaux que ceux retrouvés par les animaux dans leur milieu, à l’état sauvage. L’emploi de certains éléments artificiels est toutefois inévitable, que ce soit pour la construction de quartiers de nuit, d’enclos de contention, de couloirs de capture, de mangeoires ou d’abreuvoirs. Certaines des matières utilisées peuvent s’avérer toxiques pour les animaux, il faudra donc demeurer vigilant dans le choix de tous les matériaux.

 

Ventilation et chauffage

Les animaux que nous exhibons, au Zoo sauvage, représentent uniquement des espèces habitant la Boréalie. Elles peuvent donc, pour la plupart, passer l’hiver à l’extérieur. Cependant, les espèces occupant naturellement la limite sud de la Boréalie, ainsi que les oiseaux migrateurs qui la visitent, ont besoin de quartiers d’hiver chauffés et ventilés durant la saison froide. Encore une fois, les conditions de température exigées varieront selon les besoins spécifiques de chaque espèce.

 

Abris naturels

Même pour les espèces bien adaptées à notre climat nordique, il demeure essentiel de concevoir des abris extérieurs adéquats afin de les protéger contre les pluies glaciales de l’automne ou les grands vents d’hiver.

Ces abris devront être aménagés le plus naturellement possible, par souci d’authenticité bien sûr, mais aussi parce que les animaux seront alors plus enclins à les utiliser. On évitera ainsi qu’ils ne cherchent à s’en fabriquer eux-mêmes, ce qui risquerait de les rendre invisibles aux yeux des visiteurs. On empêchera aussi de cette manière qu’ils détruisent une partie de l’aménagement en essayant de creuser le sol un peu partout.

 

Aires de maternité

Certaines espèces sont très difficiles à reproduire en captivité, même dans les meilleures conditions de semi-captivité. La construction d’aires de maternité spécialement adaptées aux besoins des espèces pour lesquelles on veut favoriser la reproduction pourra augmenter de façon considérable les chances de réussite.

 

Nombre maximal d’animaux

Il est essentiel de bien évaluer le nombre maximal d’individus que peut supporter un habitat afin d’éviter la destruction de celui-ci à plus ou moins long terme, à cause du broutage, du piétinement, du marquage de territoire ou tout autre comportement. Les interactions entre individus ou entre espèces devront aussi être prises en considération dans l’évaluation du nombre de sujets à introduire dans un habitat.

 

Choix des espèces animales

Le choix des espèces qu’on fera cohabiter dans un habitat est excessivement important, car on vise à créer un milieu où les animaux vivront le plus possible en harmonie, et non constamment en situation d’affrontement. On évitera donc de placer un prédateur dans un espace restreint avec une espèce qui pourrait être sa proie.

 

Contention à l’épreuve des intrus

Le type de barrière qui sera utilisé pour garder les animaux à l’intérieur du périmètre désiré devra aussi être choisi en tenant compte des espèces sauvages qui pourraient tenter de s’introduire à l’intérieur de l’habitat. On doit éviter l’intrusion d’éventuels prédateurs tels que le renard roux, le vison, l’ours noir, la moufette et certains rapaces.

 

Mesures de sécurité pour les employés

Dans certains habitats, afin d’assurer la sécurité des personnes qui auront à y travailler, l’installation de systèmes de sécurité ou l’instauration de protocoles à suivre dans des situations précises, peut s’avérer essentielle. Voici quelques exemples de mesures de sécurité :

  • Système de cadenas personnel
  • Barrures de sécurité
  • Ceintures et harnais pour assurer les déplacements dangereux
  • Listes de règles de sécurité
  • Plans d’urgence

 

Conclusion

Tous les éléments qui viennent d’être énumérés sont des incontournables qui doivent absolument être pris en considération avant même de prendre une décision quant au choix des espèces à acquérir. Évidemment, des coûts plus ou moins importants seront reliés à ces critères, mais une organisation qui choisirait de ne pas en tenir compte serait inévitablement confrontée à des problèmes sérieux à plus ou moins long terme. Non seulement l’aspect visuel en souffrirait probablement beaucoup, mais le bien-être et la garde sécuritaire des animaux ne pourraient être assurés. Le professionnalisme d’une institution constitue l’assurance de la qualité du produit présenté.

Danny Gagnon, Directeur des collections vivantes et du développement