Zoo sauvage de St-Félicien

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Caribous de Val-d’Or

2 mai 2017

 

Le Zoo sauvage de Saint-Félicien accepte d’accueillir la harde de Val-d’Or

Par : Christine Gagnon, Biologiste, Directrice à la conservation et à l’éducation du Zoo sauvage de Saint-Félicien

De nombreux commentaires ont entouré la récente annonce du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) quant au déplacement de la petite harde de 17 caribous forestiers de Val-d’Or au Zoo sauvage de Saint-Félicien. Pourtant, le ministère l’affirme : la harde de Val-d’Or est malheureusement condamnée à moyen terme si aucune mesure n’est prise rapidement et ce, malgré de nombreuses mesures prises sur plusieurs décennies.1 Le MFFP : « Dans les circonstances où le seuil sécuritaire de 50 individus n’a pas été atteint depuis 1983 et qu’aucun scénario ne permet de garantir son rétablissement, le transfert de ce troupeau assurera sa pérennité.»1 Dans le Plan de rétablissement du caribou forestier, les spécialistes soulignaient en 2013 « que la survie de cette population est dans un état très précaire ».2

Le rétablissement du caribou forestier prend du temps, beaucoup de temps. Il représente un défi complexe et multifactoriel notamment du fait de la détérioration de l’habitat, de l’exploitation des ressources, de l’utilisation du territoire, du nombre de caribous, de l’accès facilité au territoire aux prédateurs et braconniers. Le temps est donc compté pour assurer la survie de cette petite harde.

Dans ce contexte, le MFFP a pris une décision difficile pour sauver ces individus voués à la disparition s’ils ne sont pas déplacés. Une décision exceptionnelle pour une situation exceptionnelle. Notre institution a donc accepté d’agir comme territoire d’accueil à la demande du ministère pour ces animaux en difficulté, mettant en action son expertise de garde en captivité, acquise au cours des 53 dernières années, dans une optique de conservation et d’éducation. Madame Susan Shafer, directrice générale des Aquariums et Zoos accrédités du Canada (caza.ca) : « La réponse positive du Zoo sauvage à la demande du gouvernement du Québec d’accueillir cette harde afin de la protéger reflète les exigences d’AZAC en matière de coopération avec les organismes de protection de la faune, les gouvernements et les établissements de recherche en vue du maintien de la biodiversité, conformément aux lois. (…) Nous sommes fiers des efforts déployés par le Zoo sauvage pour répondre à la demande du gouvernement québécois et sommes persuadés que son équipe de biologistes et de spécialistes en bien-être animal prendra grand soin de cette importante harde, dans le respect des normes d’AZAC, de façon à préserver cette population sauvage. »

Bien entendu, nous croyons que le travail de sauvegarde des autres hardes de caribous doit se poursuivre au-delà de cette mesure d’urgence. Mais dans l’intervalle, nous sommes persuadés que le Zoo sauvage de Saint-Félicien constitue la meilleure terre d’accueil possible pour atteindre l’objectif de sauvegarde du MFFP. Y déplacer cette quinzaine d’individus permettra de les placer en sécurité alors qu’ils pourront vivre sur un territoire de près de 300 hectares (l’équivalent de 425 terrains de football), un lieu de vie beaucoup plus vaste que la moyenne des enclos trouvés ailleurs.

En les accueillant, nous pourrons jouer le rôle dans lequel nous excellons, à savoir prendre soin d’animaux en captivité dans un territoire digne de leur statut et voir à leur bien-être. L’expertise de notre institution se traduit de multiples façons : connaissance du comportement, présence d’une équipe de soins animaliers incluant notamment une vétérinaire et des techniciennes en santé animale, expérience en manipulation, transfert et transport des animaux, soins de santé curatifs et préventifs et alimentation adaptée. Nous serons ainsi en mesure d’évaluer l’état général de la harde et ferons tout en notre pouvoir pour assurer sa survie.

La perte de la majorité de la harde de caribous migrateurs de notre organisation en 2015 a démontré l’arrivée d’un parasite, Babesia odocoilei, affectant cette espèce dans une région plus nordique. Un premier cas chez un cervidé avait été documenté en Saskatchewan en 2012 et au Québec, en Outaouais, en 2014, chez un wapiti et un caribou. L’équipe de soins de santé du Zoo sauvage inclut désormais ce parasite dans son programme de médecine préventive et est en mesure de traiter efficacement les animaux si des cas étaient détectés. Ce qui n’est pas le cas depuis 2015.

Nous comprenons et partageons au plus haut point les préoccupations liées à la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité en milieu boréal. Nous avons ainsi créé, en 2001, un Centre de Conservation de la Biodiversité Boréale (CCBB Inc.) qui chapeaute le Zoo sauvage. En tant que Zoo accrédité de l’AZAC dont les membres à travers le pays reçoivent annuellement plus de 12 millions de visiteurs, notre centre de conservation nous permet de connecter nos visiteurs à la nature sur notre vaste territoire et de faire de la vulgarisation scientifique sur l’écologie des espèces et leur conservation en nature. Conservation et éducation sont indissociables pour sensibiliser la population aux causes de la disparition d’espèces comme celle du caribou forestier et pour changer les comportements. De cette façon, il est possible d’avoir un impact direct sur la protection des écosystèmes fragilisés comme celui où habite la harde de Val-d’Or.

De la manière la plus transparente, le Zoo sauvage de Saint-Félicien sera toujours ouvert à collaborer avec les scientifiques, d’où qu’ils proviennent, à l’acquisition de connaissances. La harde de caribous de Val-d’Or en voie de disparition ne fera pas exception.

 

1 Gabrielle Fallu, Caribous forestiers de Val-d’Or – Un nouveau départ pour les caribous de Val-d’Or, http://www.fil-information.gouv.qc.ca/Pages/Article.aspx?aiguillage=ajd&type=1&idArticle=2504215746 , 1 mai 2017.

2 ÉQUIPE DE RÉTABLISSEMENT DU CARIBOU FORESTIER DU QUÉBEC (2013). Plan de rétablissement du caribou forestier (Rangifer tarandus caribou) au Québec – 2013-2023, produit pour le compte du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs du Québec, Faune Québec, 110 p.

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2 commentaires

  • Félix Arseneau dit :

    Il suffit de lire la une du Devoir du 5 mai dernier pour comprendre qu’il s’agit purement d’une manœuvre visant à accélérer la construction d’une route qui traverse le territoire occupé par la harde, à la demande d’une entreprise forestière.

    Le gouvernement Couillard se fout éperdument des caribous, et ignore l’avis de ses experts, qui s’étaient opposés à la construction de cette route, considérant les impacts sur les animaux et leur habitat.

    L’article se termine d’ailleurs éloquemment ainsi : « En campagne électorale, en 2014, Philippe Couillard avait pour sa part affirmé qu’il ne sacrifierait ‘pas une seule job dans la forêt pour les caribous. » C’est tout dire.

    • Christine Gagnon dit :

      Le développement durable, concilier l’économique, le social et l’environnemental est un défi dont on constate l’ampleur dans le dossier des caribous forestiers. Le gouvernement a pris une décision pour cette harde, pas pour le dossier du caribou forestier en général. Il faut donc continuer à parler du caribou forestier pour protéger les autres hardes et leurs habitats. Ce sera notre rôle. À partir du moment que le gouvernement a décidé de déplacer ces individus, nous croyons de notre devoir de les accueillir, afin qu’ils aient le meilleur environnement possible et ce, dans le Parc des sentiers de la nature.

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